Pensée

 

Le réalisme compte en France, parmi ses plus grands représentants, Henry Beyle, qui fait paraître ses oeuvres sous le pseudonyme de Stendhal.

Tout ce qui est peinture extérieure, paysage, traits physiques n'intéresse pas cet écrivain, qui, tout en gardant son objectivité, analyse surtout des idées, des sentimentes, des états de conscience véritable ou immaginaires.

Il est, en effet, un psycologue subtil, pénétrant, bien souvent pessimiste, disciple du XVIII siecle, et par conséquence matérialiste et athée. Il a pur principe que tous les hommes tendent au bonheur; et la peinture de la vie n' est pour lui que celle des moyens dont ils se servent pour y arriver.

Son oeuvre révèle une conception de la vie et un art de vivre très personnel, que l'on a appelé le Beylisme. Stendhal et ses héros les plus typiques unissent deux traits de caractère souvent jugés inconciliables: ce sont des épicuriens passionnés.

Pour Stendhal l'essentiel de la vie réside dans la "chasse au bonheur".

Dans cette "chasse" les hommes se montrent vraiment eux-mêmes, sans dissimulation.

Les plaisir ressenti est le grand critère, estétique et moral.

Cet épicurisme est inséparable d'un individualisme qui va jusqu'à l'égotisme, culte du moi non pas inquiet mais allègre, enthousiaste et conquérant.

Stendhal aime les tempéraments ardents, originaux et passionnés. Enfin l'individualité s'adfirme par l'énergie, qui distingue les héros stendhaliens du vulgaire.

Commes nous avons dit, Stendhal avait une sensibilité ardente et romanesque, jointe au goût de l'action et de l'énergie, qu'il cherche et étudie dans ses personnages.

Il a admiré la figure de Napoléon représentant à ses yeux l'expression la plus puissante de l'énergie humaine, et analysé la crise morale qui se produit à sa chute dans les âmes qui avaient eu confiance en lui, dans son programme et dans ses victories.

Stendhal est constament présent dans ses romans, doublement présent: il ne s'efface jamais completèment devant ses personnages; il les juge, se moque d' eux gentiment ou les écrase de son mépris lorsq'ils lui sont antipathiques.

Ses héros lui ressemblent, le complètent ou le prologent.

Quant à ses héroines, ou elles lui ressemblent elles aussi, ou elles incarnent un type de femme bien différent, qu'il aimait et dont il aurait voulu être aimé.

Ainsi la création littéraire compense pou l'auteur les déceptions et les mesquineries de la vie et lui permet de se livrer à des variations, imaginaires et passionantes, sur son propre destine.

Peu connu de son vivant, ce romancier est devenu célèbre dans la seconde moitié du XIX siècle.

Réveur et positif, au même temps, curieux et sensible, il participe des écrivains realistes par le souci de la documentation precise et impersonelle, et des ecrivains romantiques par son individualisme, par ce "moi" qui est toujours sous-entendu dans ses narrations.

Mais la critique la plus récente a reconnu que, par dessous tout "il a réagi le premier contre ce qu'il y avait de faux et d'outré dans l'art romantique" et qu'il a ramené le siècle sur le terrain de l'observation positive.

Son nom, donc, n'évoque pas seulement le génie du roman, mais une forme d'intelligence et de sensibilité, une attitude devant le réel et un art de vivre.